ELIAS

Felix Mendelssohn, jeune prodige

Né à Hambourg le 3 février 1809 dans une famille de banquiers berlinois, il reçoit une éducation raffinée, pleine de culture. Mendelssohn est vite reconnu comme un enfant prodigue, et travaille la composition avec Zelter, disciple de Goethe. A seulement 15 ans, il compose l’ouverture du Songe d’une nuit d’été.

 

À seize ans, il a déjà composé ses douze symphonies pour orchestre à cordes, sa première symphonie, un octuor à cordes, ainsi que cinq concertos pour violon ou pour piano. Il joue avec sa sœur aînée Fanny Mendelssohn, également virtuose du piano, dont il reste très proche pendant toute sa vie.

 

Malgré sa conversion au luthéranisme par son père à l’âge de 7 ans, ses origines juives lui posent des problèmes dans le développement de sa carrière en Allemagne, malgré une protection amicale de Goethe.

 

Après un échec en 1827 lors de la création de son opéra les Noces de Gamache à Berlin, il devient célèbre en 1829 en dirigeant la Passion selon Saint Matthieu de J.S. Bach à la Singakademie de Berlin, une véritable redécouverte pour ses contemporains. Suite à cette performance il candidatera pour diriger cette institution mais sera préféré par un musicien bien moins talentueux, Rungenhagen, vraisemblablement plus chrétien aux yeux des décisionnaires.

 

Il épouse en 1837 Cécile Jeanrenaud, fille d’un pasteur huguenot de Francfort et compose son fameux psaume 42 pendant son voyage de noce. Il compose par la suite de nombreux psaumes a cappella et motets

 

Mendelssohn voyage et fera escale en Angleterre où il reçoit un accueil chaleureux. On le considère là-bas comme l’héritier de Haendel.

En revanche il échouera à sa mission de directeur musical de Düsseldorf. C’est finalement dans la ville de Bach, Leipzig, que Mendelssohn développera sa carrière musicale, en tant que chef puis en tant que directeur du Gewandhaus.

 

 

L’antisémitisme autour de Mendelssohn

 

Mendelssohn fut l'objet d’une propagande antijuive après sa mort. Cela commença avec Das Judenthum in der Musik, pamphlet de Richard Wagner, publié en 1850 sous un pseudonyme puis en 1869 sous son vrai nom, lequel avait pourtant été fortement influencé par ses compositions et que Mendelssohn avait programmé plusieurs fois au Gewandhaus de Leipzig.

En 1869, Wagner était déjà un compositeur influent, si bien que son point de vue contribua à faire mépriser l'œuvre de Mendelssohn dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Au XXème siècle, Joseph Goebbels, président de la culture du Reich en 1933 interdit l'exécution des œuvres de Mendelssohn. Des bustes et plaques commémoratives de Mendelssohn furent par la suite retirés comme par exemple le monument de Mendelssohn devant le Gewandhaus de Leipzig en 1936. 

 

 

Sa musique sacrée

 

La musique sacrée représente la majeure partie de la production de F. Mendelssohn.

D’une foi profonde, il indique quasi-systématiquement au début de chacune de ses compositions « Hilf du mir » ou « Lass es Gelingen Gott » pour invoquer l’aide divine comme le faisait J.S. Bach. Dès son plus jeune âge, Mendelssohn est confronté à un problème compositionnel insoluble, l’incompatibilité entre ses compositions de musique sacrée et la liturgie luthérienne. Ses œuvres seront essentiellement données en salles de concert.

 

« Bach transforme en église chaque maison où l’on chante sa musique »

Mendelssohn à propos de la musique de J.S. Bach

 

 

« Il n’y a qu’un Dieu à Leipzig, C’est Bach, et Mendelssohn, son prophète ! » H. Berlioz

 

Néanmoins, contrairement à l’image que l’on a de Mendelssohn comme fidèle disciple de Bach, Felix est plus inspiré par la musique de Haendel que Bach dans l’articulation de ses oratorios et en particulier de la composition de ses chœurs :  simplicité, robustesse, brillance sont les mots clés des chœurs d’Elias

Histoire du prophète Elie


Durant trois ans, la pluie ne tombe plus. La foule demande à Elie de demander à Dieu de faire tomber la pluie. Elie guérit le fils d’une veuve puis s’oppose à Ahab, roi d’Israël. Il défie les prêtres de Baal, et s’oppose à eux par une lutte : Le vrai dieu répondra par le feu. Dieu fait apparaitre le feu, puis fait apparaitre un nuage et enfin la pluie au Mont Carmel à la fin de la première partie. 

Dans la seconde partie, le prophète combat une reine : Jézabel, qui l’accuse d’avoir tué les prophètes de Baal.  La reine soulève alors le peuple ! A l’image des passions et de la foule s’écriant : Il doit mourir.  Il fuit dans le désert, puis rejoint le Mont Horeb où Dieu lui apparaitra. 
Sur ordre de Dieu, il redescendra pour convertir le peuple non soumis sous l’emprise de Baal. 
Il est enlevé au ciel sur un char de feu après avoir laissé à Élisée la charge de lui succéder.

 

Le choix de Mendelssohn pour Elie

Elie, prophète juif à dimension christique.

Le choix du personnage Elie n’est pas anodin pour Mendelssohn. Pour comprendre ce choix, il est nécessaire d’unifier les trois oratorios de Mendelssohn, Paulus, opus 36, Elias, opus 70 et Christus opus 97.

Dans Paulus, Mendelssohn traite de l’activité missionnaire en direction des premières communautés chrétiennes hors de Palestine.

Dans Christus, son dernier oratorio inachevé, le compositeur traite cette fois de la nouvelle Alliance.

L’oratorio Elias est la clé de voute de ces trois œuvres, entre ses racines juives, sa conversion, et surtout sa ferveur, à l’image de la fougue du prophète Elie.

Elie est l’un des hommes inspirés par Dieu pour annoncer les temps messianiques.

 

« Dès l’origine, tu as destiné le peuple issu d’Abraham à devenir un peuple saint »

Texte de l’imposition des mains lors d’une ordination épiscopale dans la liturgie catholique.

 

Nous pouvons alors comprendre que Jésus a une position centrale dans son trinôme artistique, une vision chrétienne.

 

Mendelssohn converti par son père au luthéranisme après avoir subi des propos antisémites deviendra un fidèle de sa nouvelle confession sans pour autant renier ses origines.

Elie est un prophète important dans la religion juive : Il est d’usage d’installer le nouveau-né à circoncire et son parrain sur un siège à 3 places, la dernière place pour Elie. Car Elie est l’un des très rares prophètes à être monté au ciel, avec son char de feu, vivant !

 

Elie ressuscitera l’enfant, ce qui rappelle l’idée de la conversion par l’action. Cette situation amène une dimension prophétique menant à la confusion entre Elie et Jésus.

 La Veuve : « je reconnais maintenant que tu es un homme de Dieu et que la parole de l’Éternel dans ta bouche est vraie » Ibidem (1,17,24)

 

La création de L’œuvre

L’oratorio Elias est composé entre 1845 et 1846. La création de l’œuvre se déroule le 26 aout 1846 au Town Hall de Birmingham sous la direction de Felix Mendelssohn-Bartholdy avec la participation de près de 400 exécutants dont 271 choristes ! L’œuvre sera un tel succès que huit morceaux seront bissés !

L’oratorio est considéré par tous comme un chef-d’œuvre incontestable. Elias est resté un pilier de l’oratorio avec le Messie de Haëndel en Angleterre jusqu’à la fin du XIXè siècle ainsi que le début du XXè siècle.

 

« Jamais de triomphe plus complet, jamais une reconnaissance plus entière et rapide d’une grande œuvre d’art » The times, 27 août 1846

 

Le festival de Birmingham avait fait la demande à Felix Mendelssohn en 1845 de composer une grande œuvre pour la prochaine édition du festival. Le compositeur travailla nuit et jour. Il produit d’ailleurs le dernier chœur de l’œuvre seulement une semaine avant sa création.

 

L’année suivante, l’œuvre sera complétement remaniée par Mendelssohn avant d’être produite de nouveau cette fois à l’Exter Hall de Londres en présence de la reine Victoria et du prince Albert.

Pour ce dernier « l’art de Mendelssohn réaffirme donc les valeurs artistiques véritables et propose une réponse édifiante au culte illégitime des fausses valeurs esthétiques ».

 

Le choix de l’Angleterre n’est pas anodin, pour aller dans la continuité de Haendel et de ses oratorios en langue anglaise Solomon ou Samson. Felix Mendelssohn a déjà une importante notoriété dans ce pays. Déjà au printemps 1829 à Londres, il est chef d’orchestre à son jeune âge de 20 ans. Pour comparaison, Liszt a 18 ans, Wagner 16 ans, mais il est le seul à diriger à l’époque. En France, Berlioz dirige son Requiem aux invalides en 1837 à 26 ans.

 

 

« C’est magnifiquement grand et d’une somptuosité harmonique indescriptible »

Hector Berlioz à propos de la seconde version d’Elias à Londres, Avril 1847

 

 

La partition sera publiée en 1847 par Simrock. A Leipzig, où Elias avait été répété par le compositeur mais non exécuté de son vivant, l’oratorio fut donné pour commémorer le premier anniversaire posthume, le 3 février 1848.

 

Le choix de la langue

L’idée de composer un oratorio sur Élie était venue à Mendelssohn peu de temps après la création de Paulus. Un découpage de son ami Carl Klingemann n’avait pas réussi à le convaincre ni, plus tard, un projet du pasteur Julius Schubring. Il mit lui-même le texte au point en allemand au moment où lui échut la commande du comité chargé d’organiser le Festival de Birmingham. Et c’est à William Bartholomew qu’il confia le soin de le traduire en anglais en vue de la première exécution de l’œuvre.

Mendelssohn était attentif aux préoccupations pastorales élémentaires : on exprime la langue de Dieu dans la langue du pays.

© 2023 par EDDIE BERNARD. Créé avec Wix.com

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now